À tous les gens de Montréal /  To the people of Montreal - Allison katz, alex kwartler

APRIL 30 AVRIL - JUNE 18 JUIN 2011

Vous voyez, on n’est plus fachées du tout, nous deux…Vous êtes si insupportable, mon amie Valentine! Et moi si impossible! Je nous voie encore, très dignes, échangeant un adieu courtois et théâtral. Vous m’aviez demandé “ce que je faisais cet été” et je vous avais répondu : “ Mais…je vais d’abord jour La Chair à Marseille.” Là-dessus, vous : “Encore!”

Moi. – Quoi, “encore”?

Vous. – Encore cette horreur!

Moi. – C’Est pas une horreur, c’est un “ sensationnel mimodrame”.

Vous.- Une horreur, parfaitement! C’est bien là-dedans, n’est-ce pas? Qu’on vous arrache votre robe et que vous apparaissez…

Moi.- Sans robe, parfaitement.

Vous – Et ça ne vous fait rien?

Moi. – Ça, quoi?

Vous. – De vous montrer au public dans une tenue, dans un costume…enfin…Ça me passe! Quand je songe que vous restez là, devant tout le monde…oh!... Saisis d’un frisson irresistible de pudeur, vous avez voile votre visage de vos mains reunites, avec un tel recul du corps que votre robe, collé à vous, vous dessina un instant pire que nue : les seins petits écrasés par un corset maillot, le ventre allongé et plat, achevé dans un pli mystérieux, els cuisses rondes et jointes, les genoux fins, un peu plies, tous les details de votre gracieux corps m’apparurent si net, sous le crêpe de Chine, que j’en fus gênée… Mais déjà vous dévoiliez vos yeux courroucés: - Je n’ai jamais vu de …d’inconscience paraille à la vôtre, Colette!

À quoi, je répondis, avec une grossièreté sans esprit: - Mon enfant, vous me bardez. Vous êtes ni ma mere, ni mon mari : par consequent…

(Colette, tiré du livre Mon amie Valentine)

La Chair est un mimodrame dans lequel Colette connue son premier succès sur scène avec le célèbre pantomime, Georges Wague.


Battat Contemporary est heureuse d’annoncer sa prochaine exposition, À tous les gens de Montréal, des artistes new-yorkais Allison Katz et Alex Kwartler. Le travail de Kwartler exprime une position provisoire à l’égard du mur, qui fait écho au sujet des peintures de Katz: la mobilité des éléments. L’illustration du monde ne s’arrête pas aux limites physiques du tableau, et l’illusion n’est pas à propos de la toile se faisant une fenêtre sur un espace autre. Katz et Kwartler ont tous deux développé une relation particulière à l’idée de la « planéité » et la spécificité matérielle de la peinture. L’effet trompe-l’oeil achevé par les matières et les textures (plâtre vénitien, chaux, sable) nous renvoie aux diverses finitions des murs eux-mêmes; ces effets sont ensuite repris à l’intérieur de la toile pour produire une oeuvre picturale oscillant entre l’image et la composition. La peinture est ici appliquée instinctivement; de façon rigoureusement systématique; ou pas du tout, en laissant le canevas vierge par endroits. En résultent ainsi une grande diversité de surfaces – allant de la plus mate à l’ultra brillante – l’oeuvre devient un véritable catalogue de ces différences. Les panneaux de Kwartler sont d’ailleurs conçus selon les dimensions standards en construction (8’ x 4’), tandis que les toiles de Katz sont à l’échelle des décors et accessoires de scène. Le grand format de ces oeuvres est contrebalancé par des portraits de taille plus intime, qui se trouvent également dans la pièce. Toutes ces différences exhibées – échelles, surfaces, marques, subjectivités – permettent de retenir, ralentir le regard du spectateur. Le dialogue entre les deux artistes confinés à leurs rôles de « présentateurs » contraste nettement avec la dédicace contenue dans le titre. Le titre est une récupération évidente de To The People of New York City (1976)- l’oeuvre déterminante de Blinky Palermo, admirée pour son rythme, sa cadence et ses fortes associations à un lieu spécifique. La discussion sur la nature particulière et performative de la ville procura l’élan initial pour la suite conversations entre Katz et Kwartler, voulant tous deux travailler ensemble tout en refusant de peindre à priori pour le collaborateur. Conséquemment, l’interaction entre les deux ensembles d’oeuvres est comparable à un acteur sur scène éclipsé par son ombre, ou à une série de questions auxquelles on ne peut répondre que par davantage de questions. Le dialogue est un mélange de consensus et d’antagonisme, inversant de ce fait le modèle de travail collaboratif courant, de manière à déstabiliser la compatibilité décorative dans le cadre d’une exposition où figure plus d’un artiste. Ultimement, À tous les gens de Montréal incarne la potentielle absurdité, ou potentielle efficacité de la présentation muette et de la communication symbolique – comme Colette jouant la pantomime flambant nue.

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“You see, we’re no longer cross with each other at all, we two. You’re so unbearable, my dear Valentine, and I’m so impossible! I can still see us, exchanging in highly dignified fashion, a courteous and theatrical farewell. You had asked me “what I was doing this summer” and I’d answered: “But… first of all I’m going to act in La Chair* at Marseille.” To which you replied: “Again!”

I: What do you mean, “again”?!

You: That ghastly thing again!

I: It’s not ghastly, it’s a “sensational mime drama.”

You: It’s ghastly, really! It’s in that piece, isn’t it, that they tear your dress off and you appear…

I: Without a dress, precisely.

You: And doesn’t that mean anything to you?

I: In what way?

You: Exposing yourself in public in a get–up, in a costume… well… It’s beyond me! When I think that you stand there in front of everyone… oh! … I’ve never seen unconcern like yours, Colette!

To which I replied with coarseness devoid of wit: “My child, you bore me. You’re neither my mother nor my lover: therefore…”

(Colette, in Mon amie Valentine)

*La Chair (Flesh), a mime drama in which the young Colette, partnered with the famous mime Georges Wague, scored her first success on the stage.

Battat Contemporary is pleased to announce the exhibition To the people of Montreal by New York–based artists Allison Katz and Alex Kwartler. Kwartler presents work that proposes a provisional attitude towards the wall. This echoes the content of Katz’s paintings: mobility of parts. Framing devices are not limited to the painting’s edge, and illusion is not about the canvas as a windowspace. Both Katz and Kwartler have developed idiosyncratic relationships to the idea of painting’s “flatness” and its associations with material specificity. The use of trompe l’oeil materials and textures (Venetian plaster, chalky ground, sand) reference the various finishes of walls themselves; and these effects are deployed back within the painting to make pictures that lie somewhere between an image and a composition. Paint is used instinctively; in rigorously systematic ways; or not at all, with bare canvas left visible. Various surfaces thus result– from super matte to high gloss– creating a catalogue of difference. Kwartler’s panels are even scaled to the construction standard (8’ x 4’) while Katz’s canvase’s imitate the scale of theatre props or scrims. All difference on display– surface, mark, subjectivity– slows the looking. The title of the exhibition is a clear rehash of Blinky Palermo’s 1977 seminal work (To the people of New York City)- admired by the artists for its rhythm, pacing and associations with a place. Discussing the particular performative nature of Montreal was in fact the impetus that initially began the talks between Katz and Kwartler, who both wanted to work together while refusing to actually paint for each other. As a result, the two bodies of work interact like an actor overshadowed by his shadow onstage, or a series of questions answered with more questions. The dialogue is a mix of consensus and antagonism, prompting a reversal of current collaborative models, as a way to destabilise decorative compatibility in the exhibition context when there is more than one artist. Ultimately, To the People of Montreal embodies the potentially absurd, potentially effective act of mute presentation, display, and symbolic communication– like Colette in a naked mime drama.