COMMENT PENSENT (LES FÔRETS) - BENNY MERRIS - HOW (FORESTS) THINK

MAY 17 MAI - JUNE 28 JUIN 2015

Benny Merris peint au cœur de la noosphère. Si vous vous demandez ce que peut bien être la noosphère, on peut la définir comme étant cette partie de la biosphère qui se trouve affectée par la pensée, l’activité, la culture et la connaissance humaine. Ici, les concepts de nature et de culture ne font pas que se rencontrer, ils se lient et évoluent simultanément, de manière symbiotique. Merris tâche d’imprégner ses œuvres d’une énergie équivalente. Ses références sont tant visuelles qu’elles peuvent découler du processus de création, et ses peintures, estampes et dessins reflètent ces intérêts par l’usage de la couleur, de la lumière et de la matérialité dont témoigne son travail.

Au cours de sa résidence au Banff Centre, en 2012, Merris produit une série d’œuvres charnières, dans laquelle il photographia son avant-bras recouvert de peinture, situé au premier plan devant un paysage spectaculaire, capturant ainsi des scènes empreintes de sensualité et de mimétisme; les images qui en résultent abordent l’abstraction comme moyen d’initier un dialogue avec le monde extérieur et concurremment tenter de faire sens de celui-ci.

La conversation entre nature et culture se poursuit également à travers les choix de matériaux que fait Merris.  Une série récente de peintures sur panneau de bois est présentée sur des bûches d’érable séchées, libérant ainsi les tableaux des contraintes usuellement associées aux œuvres bidimensionnelles. Celles-ci suscitent un dialogue adressant les tendances plus réductionnistes de l’abstraction moderniste relativement à la magie et au pouvoir, qui sont des éléments plus communément présents au sein de traditions non occidentales.

La sensibilité artistique de Merris est aussi organique et fluide que rigoureuse, à la fois emplie d’émerveillement et régie par une certaine logique scientifique, oscillant de façon systématique entre ces deux pôles qu’il considère non pas opposés, mais bien naturellement et intimement liés.

Prenons l’intérêt qu’a Merris pour la nacre, par exemple : il ne cherche pas simplement à imiter le miroitement des couleurs spectrales et le lustre des perles, mais bien de plonger au cœur de ce phénomène de façon plus productive et énergique. Les perles sont produites lorsqu’un mollusque réagit à l’incommodité temporaire causée par un objet, tel qu’un grain de sable, en l’enrobant de nacre. Lorsqu’on regarde le carbonate de calcium, qui est composé de plusieurs couches successives couvrant le corps étranger, une interférence se produit avec certaines longueurs d’ondes lumineuses, ce qui permet à l’observateur de percevoir l’irisement de la perle. De la même façon, Merris introduit une certaine ambiguïté dans ses expérimentations avec la couleur, évoquant la sensation d’un espace dynamique et architectural au moyen de techniques de superposition, masquage, ponçage et l’application de teinture sur les supports de bois ou de papier sur lesquels il travaille. Il s’adapte aux occurrences imprévues, les faisant siennes, peaufinant les aspérités. On retrouve une correspondance perceptuelle analogue dans les dégradés de couleurs, évoquant les couchers et levers du soleil, et ce, même si les gradations chromatiques que Merris compose suggèrent une palette surnaturelle. Les motifs géométriques qui animent la surface peinte semblent en même temps confluer et diverger de l’uniformité des cristaux, explorant de ce fait la profondeur dimensionnelle et les qualités répétitives de la structure cristalline.

On retrouve l’esprit ludique et curieux de Merris, palpable et contagieux, parmi ses nombreuses expérimentations avec la peinture, l’abstraction, la nature et la culture, éveillant et comblant la curiosité du spectateur par la même occasion. Dans son travail, Merris semble faire hommage au décret du campeur : « laissons ce monde dans un meilleur état que nous l’avons trouvé. » 

Extraits d’un essai non publié par Dean Daderko, 2014


La galerie Battat Contemporary est heureuse de présenter Comment pensent (les forêts), une exposition d’œuvres inédites de l’artiste new-yorkais Benny Merris. Né à Boise, en Idaho, il a exposé son travail à travers l’Amérique du Nord et l’Europe, incluant des expositions solos à Kunsthal Rotterdam, Rotterdam; ltd, Los Angeles; Cokkie Snoei, Rotterdam; Galerie Push, Montreal; Société, Berlin; The Project Room, Glasgow. Il a récemment pris part à Outside the Lines, une exposition au Contemporary Arts Museum Houston organisée par le commissaire Dean Daderko, qui explore l’abstraction contemporaine. Merris présentera prochainement ses œuvres à la Jeff Bailey Gallery à Hudson, NY. Merris détient une maîtrise de la Glasgow School of Art, Glasgow.

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Benny Merris is painting in the noosphere. If you’re wondering just what the noosphere is, it’s defined as that part of the biosphere that is affected by human thought, activity, culture, and knowledge. Nature and culture not only intersect here, they move together symbiotically. Merris imbues his artwork with similar energy. His references are visual as well as process-oriented, and his paintings, prints, and drawings manifest these interests in the way he considers color, light, and materiality in his work.

During a residency at the Banff Centre in 2012, Merris produced a pivotal series of works in which he photographed his painted forearm reaching into dramatic landscapes where he recorded sensual and mimetic scenarios: the images approach abstraction as a way to engage with and make sense of the world.

A conversation between nature and culture plays out in Merris’ material choices as well. A series of recent paintings on wooden panels are displayed atop cured maple logs, freeing them from perceived two-dimensional constraints. These works initiate a dialogue between the more reductive tendencies of Modernist abstraction and a sense of magic and power more commonly found in non-Western traditions.

Merris’ sensibility is as organic and fluid as it is rigorous, as filled with wonder as it is informed by a sense of scientific reason, and it consistently navigates between such positions, seeing them not as oppositional, but naturally and intimately connected.

Take Merris’ interest in pearlescence, for example: he doesn’t simply seek to mimic the shifting spectral color and luster of pearls, but to connect to it more generatively and energetically. Pearls are produced when a mollusk reacts to the temporary inconvenience of a foreign body such as a piece of sand by coating it in nacre. When we view the calcium carbonate compound, built up in successive layers around the grit, it interferes with certain wavelengths of light to produce iridescence. Merris similarly introduces uncertainty in his experimentation with color, building sensations that are dynamic and structural through layering, masking, sanding, and staining the surfaces of the panels and paper he works on. He learns from unexpected occurrences, flowing with them, smoothing out rough edges. A similar perceptual connection exists in the color gradients that Merris seems to draw from sunrises or sunsets, even if the blended gradients he creates suggest an otherworldly spectrum. The geometric patterns that animate his paintings’ surfaces alternately seem to cohere with and diverge from crystalline regularity, mining crystals’ repetitive structure and dimensional depth.

Though his various experiments with painting, abstraction, nature and culture, Merris’ sense of play and curiosity is palpable and contagious, arousing and satisfying our curiosity. In his work, Merris seems dedicated to the camper’s edict: “leave it better than you found it.”

Excerpts from an unpublished essay by Dean Daderko, 2014

Battat Contemporary is pleased to present How (Forests) Think, an exhibition of new works from New York based artist Benny Merris. Born in Boise, Idaho, Merris has exhibited throughout North America and Europe including solo exhibitions at Kunsthal Rotterdam, Rotterdam; ltd, Los Angeles; Cokkie Snoei, Rotterdam; Galerie Push, Montreal; Société, Berlin; The Project Room, Glasgow. He was recently part of Outside the Lines, an exhibition curated by Dean Daderko exploring contemporary abstraction at the Contemporary Arts Museum Houston and has an upcoming exhibition with Jeff Bailey Gallery in Hudson, NY. Merris received his MFA from the Glasgow School of Art, Glasgow.