MESURE D'UNE ATTITUDE SOUS FORME ADVERBIALE - JEN AITKEN, MARIE-MICHELLE DESCHAMPS, JEAN-FRANÇOIS LAUDA

FEBRUARY 19 FÉVRIER - APRIL 4 AVRIL 2015

Quand les voyelles

et les diphtongues sont

opaques ou translucides,

les consonnes restent

transparentes. Configurations

d’espace et de couleur

à peine entr’aperçues. Échos

d’une langue dont les signes

demeurent imperceptibles.

« Il ne s’agissait que de

rencontrer cette phrase. » Le sujet

ne sort jamais de sa lueur grammaticale. Les petits mots

invariables fixent

des objets et la citation

déclarée comme telle

produit un court-circuit.

« Il s’agissait seulement

de reconnaître cette phrase »

qu’on ne connaissait pas.*

 La galerie Battat Contemporary est très heureuse de présenter le plus récent travail des artistes Jen Aitken, Marie-Michelle Deschamps et Jean-François Lauda dans le cadre de l'exposition, Mesure d'une attitude sous forme adverbiale . Cette exposition se penche sur des œuvres qui utilisent le langage soit comme procédé de déconstruction ou comme processus de reconstitution dans le but de questionner nos habitudes d'interprétations. Cette proposition se veut un regard sur les différentes approches liées au langage (parlé, encodé, littéraire, visuel, architectural) employé par les trois artistes. Mesure d'une attitude sous forme adverbiale s'intéresse à la notion de glissement dans la composition des œuvres et à l'articulation d'un vocabulaire en perte de sens. Ces ambivalences langagières se présentent comme des modes d'énonciations multiples fondés sur l'utilisation des qualités matérielles et formelles propres à chacun de leur médium.

Jen Aitken propose un ensemble d’œuvres qui s’approprient une certaine rhétorique architecturale combinée à la recherche constante de formes se référant aux constructions infrastructurelles propres à l’artiste. Par une articulation prenant comme point de départ des maquettes papier et leur transposition en objet composite, l’artiste suggèrent des sculptures se métamorphosant selon le point de vue. La pratique de Jen Aitken ruse de par un vocabulaire plastique qui interroge la relation entre l’objet et ses référents mais aussi, la disjonction d’un langage visuel en quête de sens nouveaux.

Pour ce premier projet d’envergure à la galerie, Marie-Michelle Deschamps propose un tout nouvel ensemble de sculptures en émail et d’interventions au plâtre dans l’espace. Intéressée par les problématiques liées à la traduction et à l’énonciation, à ses zones de glissements et à sa transposition, l’artiste questionne la notion de construction par la transposition d’études papier en objets tridimensionnels. L’idée de transfert se présente comme un élément central de la pratique de l’artiste, qui par un intérêt soutenu pour la transformation du langage et la matière, suggère des œuvres dont les référents brouillés deviennent des pistes d’interprétation à la fois figuratives, abstraites, voire littéraires.

Dans le travail de Jean-François Lauda persiste l’idée de la surface comme lieu d’exploration, un espace dans lequel le vocabulaire de l’artiste est constamment revisité. Réutilisant un ensemble de codes, ce dernier propose des compositions qui mettent de l’avant le processus. La proposition de l’artiste suggère les traces d’un langage qui se redéfini perpétuellement. Sur les surfaces de Lauda, on retrouve la marque du procédé et ce, par l’exploration d’une codification propre à sa pratique. Ainsi, d’une œuvre à l’autre, le spectateur est confronté à l’écho des surfaces, un dialogue qui opère par l’utilisation d’un langage morcelé qu'affirme sa peinture.

*HOCQUARD, Emmanuel (2003). L'invention du verre, Paris: P.O.L., p-14-15

** Ibid, p.9. Le titre de l’exposition fait référence à un extrait du texte L’invention du verre d'Emmanuel Hocquard. S’intéressant aux propriétés vernaculaires de la langue, son incongruité, son opacité et ses possibilités, Hocquard propose un texte sur les discontinuités du langage et sur le contexte dans lequel il est employé.

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When the vowels

and the diphthongs are

opaque or translucid,

the consonants stay

transparent. Configurations

of color and of space

barely glimpsed. Echoes

of a tongue whose signs

resist sense. “It was simply a matter

of meeting this phrase.” The subject

never leaves its grammatical

glow. The small words

that can't be altered

fix objects, and quotations

when so labeled

cause short circuits

“It was only a matter

of recognizing this sentence,”

the one we didn't know*.

Battat Contemporary is pleased to present the latest works by artists Jen Aitken, Marie-Michelle Deschamps and Jean-François Lauda in Measure of an attitude in the form of an adverb**. The exhibition explores a selection of works that use language as either a deconstruction or reconstitution process to question our hermeneutic habits. Viewers are invited to contemplate different approaches related to language as employed by the three artists (spoken, encoded, literary, visual, architectural). Measure of an attitude in the form of an adverb is preoccupied with two ideas: shifts or 'slippages' in the composition of oeuvres and articulating the vocabulary of loss of meaning. Linguistic ambivalence is presented through the multiple methodologies of these artists by leveraging the material and formal characteristics of their chosen medium.

Jen Aitken offers us a set of works in which the rhetoric of architecture and the constant search for forms combined in infrastructural constructs unique to the artist. By taking paper crafts and their transposition into composite objects as a starting point, the artist suggests sculptures metamorphose depending on one’s point of view. Aitken’s practice develops a visual vocabulary that questions the relationship between objects and their referents, but also the disjunction of a visual language that is searching for new directions.

For her first major project at the gallery, Marie-Michelle Deschamps unveils a new series of sculptures in enamel and plaster reliefs. Interested in issues of translation and enunciation - their instances of dislocation and transposition - the artist prompts us to question our ideas of construct by metamorphosing paper studies into three-dimensional objects. The notion of transfer is central to Deschamps’ practice and it is in the context of this sustained engagement with the transformation of both language and matter that the artist now exhibits pieces whose scrambled sources become interpretive trails at once figurative, abstract and literary.

The idea of surface as a site of exploration, a space for the vocabulary of the artist, is constantly revisited in Jean-François Lauda’s work. Playing with a set of encoded motifs, the artist presents compositions that highlight process. His pieces bare traces of a language that is perpetually being redefined. Process leaves its mark on Lauda’s surfaces in his explorations of a codification that’s become distinctive to his practice. Thus, from one work to another, the viewer is confronted with the echo of surfaces, a dialogue that operates through the use of a fragmented language upheld in his painting.

*HOCQUARD, Emmanuel (2012 [2003]). The Invention of Glass, translation by Cole Swensen and Rod Smith, Ann Arbor (MI): Canarium Books, p.14-15

**Ibid, p.9. The title of the exhibition refers to an excerpt of text from Emmanuel Hocquard’s L’invention du verre (The Invention of Glass). Concerned with the properties of vernacular language, their incongruity, opacity and possibilities, Hocquard examines the disjunctions in language and contexts in which it is employed.