PENSÉES SUR PAPIER - MARION WAGSCHAL - THOUGHTS ON PAPER

JUNE 25 JUIN - SEPTEMBER 12 SEPTEMBRE 2015

EN CONVERSATION AVEC MARION WAGSCHAL

Marion Wagschal: C'est une sorte de guide.

Daisy Desrosiers: Dessiner?

MW: Oui.

DD : De quelle façon?

MW: Pour moi, c'est une révélation qui se découvre au fur et à mesure. Je ne sais jamais à quoi m’attendre. Le dessin me permet de voir des choses que j’ignorais que je savais. Je ne vois pas tout du premier coup; j’attends que le dessin se révèle par lui-même.

DD: Par opposition à la peinture, par exemple?

MW: La peinture produit cet effet-là aussi, mais c'est un processus différent, plus long. L’exercice de courant de conscience n’est pas aussi fort qu’en dessinant.

MW: Les choses se révèlent d’elles-mêmes. C’est comme si je tenais une laisse et que je me laissais porter par elle.

DD: Une laisse?

MW: Oui, et que je la laissais me porter.

DD: Il y a quelques dessins accompagnés de textes. Pouvez-vous m'en parler d'avantage.

MW: J’aime écrire. Ici, j’ai inclus un poème. Mais j’écris souvent des réflexions sur ce qui se passe dans ma vie.

DD: Ça devient une sorte de journal.

MW: C'est comme un journal. C'est un peu la même chose quand je peins le portrait d’une personne, parce que je lui parle. Je ne lui demande rien de particulier. Parfois, quelque chose se produit; parfois, non. Mais la plupart du temps, quelque chose se passe, et la démarche me conduit là où je veux aller, et cela me guide de façon formelle dans la création. Parfois, l’écriture fait germer l’idée d’un projet, ou elle devient partie intégrante du dessin. Mais comme je l’ai mentionné plus tôt, les histoires qu’on me raconte participent d’une façon ou d’une autre à mes dessins. Si je suis prise d’une émotion quelconque et que j’écris, je fais un dessin pour accompagner le texte. À la base, l’écriture n’a pas une visée artistique. En fait, comme vous l’avez dit, c'est quelque chose d’assez intime, parce que je n’ai jamais fait lire mon journal auparavant. Je pense que l’originalité de certaines pièces vient du fait que je ne perçois pas cela comme une exposition à proprement parler, mais plutôt comme une sorte de libération, une façon de sortir quelque chose de moi. Je ne sais pas où cela débouchera, mais il s’agit d’une excellente source. Par contre, ce n’est pas moi qui les produis toutes. Mais bien souvent, cela finit par être une toile.

DD: J'aime beaucoup la gestualité de certains.

MW: Oui. J’aime que les dessins se fassent très rapidement mais,  je mets du temps avant de voir s’ils sont réussis ou non. À mon sens, la pratique du dessin est de nature très primitive. (En Anglais on utlise le terme drawdans le contexte suivant : to draw a bath, to draw blood pour dire se faire couler un bain, une prise de sang. Marion souligne l'intéressante analogie que l'expression sous-entend. L'utilisation du verbe dessiner pour parler d'une action, la mettre en forme.) C'est très intéressant. Depuis le début de notre conversation, je réfléchis au fait que le dessin est une activité très primitive, parce qu’il faut décrire ce qu’on va dessiner. Il faut construire une image pour donner l’idée d’une baignoire qui se remplit d’eau.

DD: Est-ce que c'est ainsi que vous percevez le dessin? Y a-t-il quelque chose de primal qui ressort de votre démarche?

MW: Tout à fait. On apprend à faire cela depuis très longtemps. On n’a qu’à penser aux enfants qui jouent à la marelle ou qui font des dessins de camions sur le trottoir. C'est une pratique qui vient de l’enfance et j'y retourne constamment.

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In Conversation With Marion Wagschal

Marion Wagschal: It leads me by the nose.

Daisy Desrosiers: Drawings?

MW: Yeah.

DD How So?

MW: Because it’s a revelation, it unfolds. I don’t know what to expect. It presents things to me that I never knew that I knew. I don’t see everything right away and it just takes it time to reveal itself.

DD: As opposed to painting, let’s say?

MW: Well, painting as well, but it’s a longer, different kind of process. It’s not as stream of consciousness as drawing. Things unfold. They reveal themselves, and I don’t know where the leash will take me.

DD: Leash?

MW: Where the leash, or line, will take me.

DD: I’m seeing a few drawings with text. Can you tell me more about those.

MW: Well, I like to write. I put in a poem. And I do write, I do write my observations about what is going on in my life.

DD: And it becomes like a journal.

MW: It’s like a journal. It’s similar to when I’m painting somebody, because I talk to them. I don’t ask them anything, really. It just happens, sometimes nothing happens. But often it does, and it leads me to where I want to go. It informs me where to go in the work formally. The writing can sometimes be an idea for something, or it could become part of the drawing; but as I have talked about before, the stories and things that I am told or read about will enter into my drawings. Sometimes if I am feeling a certain way and writing about something, I will do a drawing to accompany the text. I never intended them to be artworks, in a sense. It’s like you said, they are more a secret kind of thing, because I’ve never shown really anything from my journals before.

MW: A lot of more original stuff comes from the fact that I don’t think about it as an exhibition. I think about it as a release, or a way to get something outside of me. And I’m not sure where they’ll go, but it is a very good resource—although I don’t do all of them, of course. But they often end up in paintings. 

DD: I really like the gestuality in some of them.

MW: Yeah, I like the fact that drawings are really fast, and I don’t recognize if they are good or not for a long time. I was thinking about how primal drawing is. We use terms like drawing a bath, drawing blood, ect. I think that’s very interesting. I was thinking as we were talking that it’s very primal, when you say you have to “draw it” in words. I find those phrases very interesting. We have to make a picture to give the idea of the bathtub filling with water.

DD: Is that how you feel about drawing? There is something primal coming out in your practice?

MW: Yeah, I do. It’s an early thing we learn to do. Children will do hopscotch and do drawings of trucks on the sidewalk. It’s one of the earliest things that humans do. I absolutely love going back to it.